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Nutrition

Je mange sainement et je prends du poids, pourquoi ?

Le problème vient rarement de la discipline. « Sain » décrit la qualité de votre alimentation, pas la quantité d'énergie qu'elle contient.

Par François Dewez
02.03.2026
6
min de lecture
Réponse rapide
Parce que « manger sainement » et « manger la bonne quantité pour son objectif » sont deux choses différentes. Votre corps dépense de l'énergie toute la journée, et votre alimentation la lui apporte. Un aliment peut être excellent pour la santé tout en apportant beaucoup d'énergie.

TL;DR

La réponse, d'abord

Parce que « manger sainement » et « manger la bonne quantité pour son objectif » sont deux choses différentes.

Votre corps dépense de l'énergie toute la journée : pour respirer, maintenir sa température, faire fonctionner ses organes, marcher, travailler, digérer et faire du sport. Cette énergie, votre alimentation la lui apporte. Si, sur la durée, vous lui en apportez plus qu'il n'en dépense, le surplus est stocké et votre poids a tendance à augmenter ; si vous lui en apportez moins, votre corps puise dans ses réserves et votre poids a tendance à diminuer. C'est ce qu'on appelle la balance énergétique.

Et c'est là que se trouve souvent l'incompréhension : un aliment peut être excellent pour votre santé tout en apportant beaucoup d'énergie. On peut donc manger de très bons aliments, mais simplement en manger un peu trop pour ses besoins.

La question

« J'ai supprimé les produits industriels, je cuisine moi-même, je mange des légumes, des fruits, des noix, de l'avocat, de l'huile d'olive. Pourquoi je ne perds pas de poids ? »

Parce que vous avez probablement amélioré la qualité de votre alimentation, alors que votre poids dépend aussi de la quantité totale que vous mangez.

Prenons un exemple simple. Imaginez deux personnes dont le corps dépense environ 2 000 calories par jour. La première mange essentiellement des produits frais, cuisine elle-même, et consomme 2 300 calories. La seconde mange moins « proprement », mais consomme 1 800 calories. La première a sans doute une alimentation de meilleure qualité, mais c'est la seconde qui se trouve dans une situation favorable à une perte de poids.

Cela ne signifie évidemment pas que 1 800 calories de biscuits valent mieux que 2 300 calories de produits frais. Cela signifie simplement que nous parlons de deux questions différentes : « est-ce bon pour ma santé ? » et « quelle quantité d'énergie est-ce que je mange ? ». Les deux comptent, mais elles ne sont pas interchangeables.

Toutes les calories ne prennent pas la même place dans l'assiette

C'est probablement le concept le plus important à comprendre. Une calorie est simplement une unité qui mesure l'énergie contenue dans les aliments, et certains aliments en contiennent énormément dans une petite quantité.

L'huile d'olive en est l'exemple parfait : une cuillère à soupe apporte environ 120 calories. Imaginez une grande salade, avec légumes, poulet, avocat, quelques noix et huile d'olive. Tout est sain, mais entre l'avocat, les noix et deux bonnes cuillères d'huile, vous pouvez facilement ajouter plusieurs centaines de calories à votre assiette. Ce n'est pas un problème en soi, car ces aliments ne sont pas mauvais. Mais votre corps ne fait pas disparaître leurs calories parce qu'ils sont bons pour la santé.

C'est exactement comme l'argent : 500 € gagnés grâce à un excellent investissement restent 500 € sur votre compte. Pour l'énergie, c'est pareil.

Et quelques centaines de calories, ça va vite

Beaucoup de personnes imaginent que, pour prendre du poids, il faut manger énormément : fast-food, desserts, grandes quantités. Ce n'est pas nécessairement le cas.

Supposons encore que votre corps dépense environ 2 000 calories par jour et que vos repas habituels en apportent 1 900. Sur le papier, vous mangez légèrement moins que ce que vous dépensez. Mais ajoutez un peu plus d'huile dans la poêle, une poignée d'amandes dans l'après-midi, quelques bouchées en préparant le dîner, un verre de vin, un peu de sauce avec le repas, et vos 1 900 calories peuvent être devenues 2 200 sans que vous ayez eu l'impression de faire le moindre écart.

C'est souvent comme ça que l'écart se crée : pas avec un énorme repas, mais avec plusieurs petites choses qu'on ne compte même plus comme de la nourriture.

« Mais moi, je ne compte pas mes calories »

Et vous n'avez pas nécessairement besoin de le faire. Le problème est simplement que nous sommes assez mauvais pour estimer les quantités que nous mangeons.

Essayez de répondre honnêtement : combien d'huile avez-vous réellement versé dans votre poêle hier ? Combien pesait votre portion de pâtes ? Votre poignée de noix faisait-elle 20 ou 50 grammes ? Combien avez-vous mangé en cuisinant ? Pour la plupart de ces questions, la réponse est « à peu près », et c'est parfaitement normal. Mais lorsque plusieurs « à peu près » s'additionnent, l'estimation d'une journée peut finir assez loin de la réalité.

Les recherches qui comparent ce que les personnes déclarent manger avec leur dépense énergétique réelle montrent d'ailleurs que ces déclarations comportent fréquemment des erreurs, souvent dans le même sens. Ce n'est pas parce que les gens mentent, c'est simplement qu'une personne n'est pas une balance de cuisine.

Pensez à votre compte bancaire

Imaginez que vous cherchiez à comprendre pourquoi votre compte diminue chaque mois. Vous regardez vos grosses dépenses : 1 200 € de crédit, 500 € de courses, 300 € pour la voiture. Tout semble correct. Mais vous oubliez Netflix, Spotify, les cafés, les restaurants, les commandes en ligne et tous les paiements de 10 ou 20 € effectués sans y penser. Aucune de ces dépenses n'explique le problème à elle seule, mais additionnées sur un mois, elles représentent peut-être 400 € que vous n'aviez jamais comptabilisés.

Votre alimentation fonctionne de la même manière. Vous vous souvenez très bien du poulet, du riz et des légumes, beaucoup moins de l'huile dans laquelle le poulet a cuit, de la sauce sur le riz et des noix mangées devant l'ordinateur. Le problème n'est donc pas forcément ce que vous mangez : il y a souvent une différence entre ce que vous pensez manger et ce que vous mangez réellement.

Il faut aussi regarder la semaine entière

Autre situation très fréquente. Du lundi au vendredi, vous faites attention : petit-déjeuner équilibré, lunch préparé à la maison, dîner raisonnable. Vous avez donc sincèrement l'impression de manger « comme ça toute la semaine ». Puis arrive le week-end, avec un restaurant et deux verres le vendredi, un apéro et un dîner entre amis le samedi, un brunch le dimanche.

Là encore, il n'y a rien de mauvais. Mais votre corps ne remet pas son compteur à zéro chaque matin : ce qui compte, c'est ce qui se passe sur plusieurs jours et plusieurs semaines. Si vous mangez légèrement moins que vos besoins pendant cinq jours mais davantage pendant deux, les deux peuvent se compenser. Vous avez réellement fait attention toute la semaine, et pourtant, sur l'ensemble de la semaine, vous n'avez peut-être pas mangé moins que ce que vous avez dépensé. Les deux affirmations sont vraies en même temps.

Et si la balance monte ?

Dernier point : prendre du poids sur la balance ne signifie pas automatiquement prendre de la graisse. Votre corps contient beaucoup d'eau, il stocke des glucides sous forme de glycogène dans les muscles et le foie, et il contient les aliments et boissons que vous êtes en train de digérer.

Votre poids peut donc facilement bouger d'un jour à l'autre. Un repas plus salé au restaurant vous fait retenir davantage d'eau ; davantage de glucides vous font stocker plus de glycogène, accompagné d'eau ; une pesée après un gros dîner reflète simplement un système digestif plus rempli. La balance peut monter alors que vous n'avez pratiquement pas gagné de graisse. C'est pour cette raison qu'un chiffre isolé nous intéresse peu : si vous pesez 75 kg lundi, 76 kg mardi et 75,2 kg quelques jours plus tard, conclure que vous avez « pris un kilo » n'a pas de sens. Ce qui compte, c'est la tendance qui se dégage de plusieurs mesures sur plusieurs semaines.

Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

Certainement pas supprimer immédiatement le pain, les pâtes, l'avocat et les restaurants. On commence par comprendre.

Pendant quelques jours, observez votre alimentation telle qu'elle est réellement : pas votre alimentation idéale, pas la journée parfaite que vous aimeriez montrer à votre coach, une semaine normale. Regardez les quantités, l'huile, les sauces, les boissons, les grignotages, le week-end, les portions que vous servez machinalement. L'objectif n'est pas de trouver quelque chose dont vous devriez avoir honte, mais de trouver où se situent réellement les calories que vous ne voyiez pas.

La réponse est souvent très simple. Vous n'avez pas besoin de changer votre petit-déjeuner, votre lunch, votre dîner et vos sorties : vous découvrez simplement que votre « filet d'huile d'olive » pèse plus lourd que vous ne l'imaginiez, que votre poignée de noix est devenue trois, ou que votre alimentation est parfaite en semaine mais que le week-end change toute la moyenne. On peut alors ajuster ce qui fait réellement une différence, au lieu d'imposer davantage de règles partout.

Ce que nous faisons au studio

C'est exactement pour cette raison que nous ne commençons pas nécessairement par distribuer un plan alimentaire. Quand quelqu'un nous dit « pourtant, je mange sainement », notre réponse n'est pas « alors mangez encore plus sainement ». Nous cherchons d'abord à comprendre ce que représente réellement une semaine normale.

Car la personne a souvent déjà fait beaucoup de choses correctement : elle cuisine, elle mange des légumes, elle choisit de bons produits, elle soigne ses protéines, elle a réduit l'alcool ou l'ultra-transformé. Il serait absurde de tout jeter pour recommencer. Il suffit de distinguer ce qui fonctionne déjà de ce qui empêche encore d'atteindre l'objectif. Parfois, deux habitudes à modifier suffisent. Pas vingt.

À retenir

Manger sainement est important, mais « sain » décrit surtout la qualité de votre alimentation. Cela ne vous dit pas automatiquement si vous en mangez trop, assez ou trop peu pour votre objectif. Si votre poids ne va pas dans la direction souhaitée, ne commencez donc pas par rendre votre alimentation encore plus restrictive. Commencez par la voir plus clairement.

Quelques jours peuvent suffire à découvrir ce que représente réellement une cuillère d'huile, une portion de pâtes ou une poignée de noix. Une fois que vous l'avez appris, vous n'avez plus besoin de sortir la balance à chaque repas.

Mesurer n'est pas une façon de manger pour toujours. C'est une façon d'apprendre.

Cet article décrit des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil nutritionnel individuel.

Vous avez amélioré votre alimentation mais votre poids ne bouge toujours pas ? Avant de supprimer encore des aliments, il peut être utile de comprendre ce qui se passe réellement. En 30 minutes, nous pouvons regarder ensemble votre semaine type et identifier les quelques éléments qui méritent votre attention.

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Sources

Speakman et al., Nature Food, 2024 Watanabe et al., Public Health Nutrition, 2021 Hill et Davies, American Journal of Physiology, 2001