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Nutrition

Faut-il compter les calories ?

Un outil de mesure, utile temporairement. Contre-productif quand il devient permanent.

Par François Dewez
23.03.2026
6
min de lecture
Réponse rapide
Ce n'est ni indispensable ni inutile. C'est un outil de mesure, utile temporairement quand on ne sait pas où l'on en est, contre-productif quand il devient permanent ou anxiogène.

TL;DR

La question

« Est-ce que je dois peser mes aliments ? »

La question divise, et les deux camps ont tort de camper sur leur position.

D'un côté, ceux pour qui rien ne fonctionne sans mesure précise. De l'autre, ceux qui considèrent le comptage comme obsessionnel et malsain par nature.

La réponse dépend entièrement de ce que vous en faites et de combien de temps.

Ce que dit la science

Le problème que le comptage résout est réel.

L'écart entre ce que les gens déclarent manger et ce qu'ils consomment réellement tourne autour d'un quart. Cette erreur est systématique et porte toujours sur les mêmes postes : matières grasses de cuisson, sauces, portions évaluées à l'œil.

Aucune bonne volonté ne corrige cet écart, parce qu'il n'est pas dû à un manque de volonté. Il est dû à un manque d'information.

Mais le comptage n'est pas la seule façon d'y remédier.

Les approches sans comptage — privilégier certains types d'aliments, structurer ses repas, contrôler la fréquence des prises alimentaires — produisent des résultats comparables chez de nombreuses personnes. Elles agissent indirectement sur le total sans jamais le mesurer.

Ce qui compte n'est donc pas la méthode, c'est qu'elle produise une régulation effective.

Le comptage a un avantage spécifique : il forme le jugement.

Quelques semaines de mesure apprennent à quoi ressemble une portion, quels aliments sont denses en énergie, où se situent les écarts. Cet apprentissage reste une fois l'outil abandonné.

C'est là son intérêt principal : ce n'est pas un régime, c'est un étalonnage.

Il a aussi un coût réel.

La mesure permanente entretient une focalisation sur la nourriture qui ne convient pas à tout le monde. Chez les personnes ayant un rapport difficile à l'alimentation, elle peut aggraver les choses plutôt que les améliorer.

Une image

Personne ne suit sa consommation d'essence en permanence.

En revanche, beaucoup de gens la mesurent pendant quelques pleins quand ils changent de voiture ou soupçonnent un problème. Ils obtiennent une valeur de référence, ils comprennent ce qui influence leur consommation, puis ils arrêtent de compter.

Ils n'ont pas cessé de piloter correctement. Ils ont intégré l'information et n'ont plus besoin de l'instrument.

Ce que nous observons au studio

Le comptage fonctionne bien pendant quatre à six semaines, et mal au-delà.

Sur cette durée, les gens découvrent presque toujours quelque chose qu'ils ignoraient. Une huile de cuisson qui représente bien plus que prévu, une collation quotidienne qui pèse autant qu'un repas, des portions systématiquement plus grandes que ce qu'ils croyaient.

Passé ce cap, le rendement s'effondre. L'information a été acquise, et ce qui reste est une contrainte quotidienne sans bénéfice supplémentaire.

Nous voyons aussi ceux pour qui l'outil ne convient pas du tout. Dès que la mesure génère de l'anxiété, de la culpabilité ou une rigidité excessive, il faut arrêter — et ce n'est pas négociable, quels que soient les résultats obtenus.

Un instrument sert à calibrer votre jugement, pas à le remplacer définitivement.

Ce que ça change pour vous

Utilisez-le comme un diagnostic, pas comme un mode de vie. Quelques semaines pour voir où vous en êtes, puis arrêtez.

Mesurez une semaine ordinaire, pas une semaine exemplaire. Si vous changez votre alimentation parce que vous notez, vous mesurez autre chose que votre situation réelle.

Cherchez les postes invisibles. C'est là que se trouve l'information : matières grasses de cuisson, sauces, boissons, portions servies à l'œil.

Arrêtez immédiatement si cela vous angoisse. Aucun résultat ne justifie un rapport dégradé à l'alimentation.

Si vous obtenez des résultats sans compter, ne comptez pas. L'outil n'a d'intérêt que quand quelque chose bloque.

En cas de rapport difficile à l'alimentation, parlez-en à votre médecin avant d'entamer toute démarche de mesure.

Compter ne fait pas maigrir. Compter vous montre pourquoi vous ne maigrissez pas.

Cet article décrit des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil nutritionnel individuel.

Si vous ne savez pas si votre problème vient de ce que vous mangez ou de ce que vous croyez manger, un appel de 30 minutes suffit généralement pour trancher.

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Sources

Speakman J.R. et al., Nature Food, 2024 Watanabe D. et al., Public Health Nutrition, 2021 Littérature comparant les approches avec et sans comptage sur les résultats à long terme